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La peste de 1720 

Article posté par Ψvr2909.
Paru le mardi 29 juin 2010 à 12:24
Vu 1367 fois.

La peste de 1720



La dernière grande peste de 1720

Dans un article précédent, nous avions vu que pour des intérêts financiers, Marseille laissait entrer en son port douze galères génoises en provenance de Constantinople. C'était le 1er novembre 1347 et dans les mois qui suivaient, la province de Languedoc et notre pays cévenol étaient anéantis : le quart, voire la moitié de la population, succombait de la Peste Noire. Près de quatre siècles plus tard, l'Histoire est oubliée.
Pourtant, elle va se reproduire : « Au mois de may 1720, la peste ou maladie contagieuse fut portée à Marseille par des bâtiments qui venoient du Levant ».

Le 22 juillet 1719, le Grand Saint-Antoine, un trois mâts carré de facture hollandaise, part de Marseille pour la Syrie. À bord, huit matelots, le chirurgien et un passager turc meurent pendant le trajet du retour. La peste sévit à Damas, et il se dit même qu'aux mâts du Grand Saint-Antoine flottent des voiles contaminées, récupérées à Tripoli sur un navire où la maladie a frappé. Mais tout ceci n'est qu'anecdote, pour un périple d'une année.
Malgré les événements, les soupçons, le navire revient avec une riche cargaison d'étoffes, et, pour les marchands, l'essentiel est bien là. Il faut dire que la foire de Beaucaire se prépare, et ce rendez-vous est alors l'un des plus importants de Languedoc. Sa renommée est internationale et l'on se déplace de tout le pays, voire de toute la Méditerranée pour négocier à cette occasion.

L'importance du chargement incite ainsi les autorités et les responsables à passer outre les raisons de ces quelques décès survenus en mer. Grâce à une patente nette délivrée à Livourne - qui ne veut accueillir le navire -, Jean Baptiste Chataud, capitaine du Grand Saint-Antoine, a l'autorisation de mouiller l'ancre, le 25 mai 1720. Les échevins de Marseille, qui n'ont pas intérêt à ce que la marchandise soit détruite, taisent les rumeurs de contagion et se contentent d'infliger une quarantaine douce. Très vite, la corruption qui règne entraîne l'irréparable : on parvient à récupérer les lainages et les tissus, infectés de puces porteuses de la bactérie de la peste. On avait oublié la peste, reléguée au rang des pandémies médiévales, et il faut près de deux mois pour que les médecins, alertés par plusieurs morts anormales, diagnostiquent enfin le mal et avertissent les autorités qu'une nouvelle épidémie est la cause d'une série de décès constatés depuis le début de l'été.
Il est trop tard, et le bacille se répand déjà aux quatre coins de la Provence et vers Avignon. À Mende, où l'on s'inquiète sérieusement, on demande au notaire Valentin « de la part de la commun[au]té, d'aller en Vivarès pour s'informer sy le bruit quy court que la peste y est en quelques endroitz est véritable ou faux » !
À l'automne, la peste est en Gévaudan, amenée par les muletiers venus du bas-pays. Si certains bourgs semblent échapper à la contagion, comme Langogne ou Uzès, les villes de La Canourgue, Marvejols et Mende sont infestées.
Non loin de Peyremale, à Altier, Villefort, Malons ou Génolhac, les villes et villages des Cévennes sont victimes du fléau et la peur s'empare du peuple. Le Languedoc est sur le qui-vive et s'organise pour éviter que l'épidémie ne se développe, interdisant la libre-circulation des produits, des laines et des étoffes.
Le duc de Roquelaure, commandant en chef de la Province de Languedoc, est catégorique : il exige que les étoffes « soient mises dans une maison particulière pour la quarantaine, qu'elles y soient éventées, dépliées et ensuitte parfumées ».
Ainsi, chaque ville s'organise et désigne des infirmières pour nourrir les pestiférés. À Mende, le Conseil de santé qui se réunit au Palais épiscopal sous la présidence de l'Évêque a « délibéré que les corbeaux et enterreurs seront nourris et entretenus aux despans de la communauté ; qu'il leur sera donné deux escuellées de soupe, deux fulhettes de vin, une livre de viande et le pain de froment nécessaire à chacun par jour », en échange de quoi, « lesquels seront tenus d'ensevelir les mortz, et faire les fosses, à peyne de la vie ».

Malgré les efforts et une discipline militaire exceptionnelle, la peste contamine quartier après quartier, village après village. L'on contraint également les gens à ne plus sortir du canton en installant des cordons sanitaires, de véritables blocus. « Dans ce temps que Dieu aflige au pays du terrible fléau de contagion », ce sont autant de mesures qui, en limitant les échanges, freinent inévitablement l'économie d'une région.
Effectivement, les blocus qui empêchent l'exportation sont un manque-à-gagner pour les familles.
Et l'on pense immédiatement aux artisans, mais surtout aux nombreux tisserands de Peyremale, ces derniers, « accoutumés à vivre du jour à la journée de leur travail et du petit profit qu'ils faisoient sur les étoffes qu'ils fabriquaient » voient leurs activités considérablement ralenties par les consignes de sécurité.
Et, comme c'est le cas dans d'autres parties de la province, on imagine qu'ils se retrouvent « déjà réduits à la dernière nécessité, et que non seulement ils sont hors d'état de pouvoir faire les moindres provisions, mais encore ils vont être obligés à demander du pain pour leur subsistance ».

Le verbal de l'Assiette Générale du diocèze d'Uzès, pour l'année 1722, rappelle les « circonstances fâcheuses de la contagion qui s'estoit communiquée du Gévaudan en la ville de Génolhac & à quelques autres lieux du diocèze. Il y fut deslibéré d'emprunter jusques à la somme de quarante mille livres, pour subvenir aux besoins desd[its] lieux affligés & autres qui le pourroient estre ». Après calcul, la « répartition faite par Messieurs les Commissaires Ordinaires du diocèze d'Uzès sur les communautés infectées de contagion ou prohibées dud[it] diocèze de la somme de trente mille livres accordées ausd[ites] communautés en diminution des impositions de la présente année 1722 » précise que pour « Peiremales, Seneschas, le mas Vert et Malenches » le montant s'élève à 1665 livres, 10 sols et 6 deniers. Peyremale et Sénéchas sont donc indemnisables, à hauteur d'une des enveloppes les plus importantes de la région (seuls Génolhac, Malons, Gravières et Les Vans reçoivent davantage) ! Cette somme représente près de la moitié de l'imposition annuelle pour Peyremale, Sénéchas, le mas Vert et Mallenches. Autant dire un dédommagement précieux, certainement pas de manière à sauver la totalité des pertes, mais un geste non négligeable et escompté.

Un « État du montant des impositions pour l'année 1723 des villes, vilages, hameaux & météries du diocèse d'Uzès qui ont esté attaqués de la peste, ausquels il a esté accordé le diminution du tiers desd[ites] imposi[ti]ons par arrest du Con[seil] du 23 novembre 1723 » rappelle que Trescols, le village de Salindres, que plusieurs hameaux de Concoules, Génolhac, Bonnevaux et Laval-Pradel, ainsi que certaines dépendances de Malons ont été mis à mal par la peste.
La maladie contagieuse est donc aux alentours de Peyremale, et même si aucun cas mortel n'est connu dans notre village durant cette sombre période, la peur est là. On se barricade et l'on prie, on se méfie et l'on se soigne, avec un redoublement d'intérêt pour les remèdes naturels les plus variés.
Mais tout permet de croire que Peyremale n'a pas à déplorer de victimes sur son terroir. Ainsi, les Polge, Thomas, Blancard, Dumas, Daniel, Gilles, Chastanier, Domergue et autres familles qui vivent alors à Cessoux, aux mas Bladier, Arnal, à l'Issartol, à Bordel, dans les mas les plus voisins des lieux réellement infectés, ne semblent pas avoir perdu des leurs. Sans doute, l'isolement des hameaux fut-il salutaire...

Parmi les articles qui témoignent de quelque implication des habitants de notre village pendant ces temps de terreur, la description de ce qui « est deub à Jean Pierre Dardalhon et Jacques Jaussaud, consuls et collecteurs de lad[ite] communauté et mandement de Portes, pour l'année 1722 » est un témoignage précieux.
Les deux hommes se font rembourser les sommes engagées pour effectuer les tâches et devoirs qui incombent à leurs fonctions, mettant en ½uvre ce qui est dicté et imposé plus haut. Et, dans l'immédiat, « pour les gages d'un homme quy feroit les fonctions de vallet de ville [...], pour des journées d'hommes, de chevaux, dépance de bouche, voyages pour recevoir les ordres de ceux qui commandent dans le pays prohibé et les blocus des lieux ataqués de la contagion, peines et soins extraordinaires qu'ils n'ont peu éviter de faire à cause de la contagion quy avoit pénétré dans plusieurs lieux de leur voizinage et pour aller chercher des barrières de Melliens, St-Brès et autres, les provizions nécessaires aux lieux bloqués et les leur porter et distribuer aux barrières ou pour aller à la ville des Vans chercher d'argent, acheter de poudre de balles, pierre à fuzil pour distribuer le tout aux hommes ocupés à la garde desd[its] blocus ». Le même document salue l'investissement des deux hommes, qui « ont agy en vrayx pères de famille, et quy ont abandonné leurs affaires propres pour celles de la communauté et qui se sont ruinés ».
Lors de l'ensemble des délibérations discutées le 8 janvier 1724 à Montpellier, la demande de remboursement est accordée.

La dernière peste attestée dans notre région a été une nouvelle fois effroyable, mais les Peyremalencs ont donc vraisemblablement été épargnés.
Du moins, c'est que nous pouvons imaginer, car si les registres paroissiaux ne mentionnent aucun décès par contagion, si les articles consignés par les notaires n'autorisent pas à soupçonner le moindre cas critique, il n'est pas dit que la maladie n'ait pas tué subrepticement.
Sel pour le lavage des meubles, herbes aromatiques et drogues des médecins pour parfumer les lieux infectés, après l'hiver 1722, les ordres sont levés et, « soubs le bon plaisir du Roy », une vie « plus normale » peut à nouveau être envisagée.
L'adage « Après la famine, la peste domine » ne s'est jamais révélé aussi exact. Si les décennies du début du XVIIIe siècle connaissent, dans nos vallées, des périodes de disette, la dernière peste a rajouté à la misère habituelle son lot de malheurs et d'indigence.

Article rédigé par Pascal Jaussaud, « Peyremale, Peyremalencs, Peyremalès », in Bulletin municipal n°7, janvier 2008.



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