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La peste de 1629 

Article posté par Ψvr2909.
Paru le mardi 29 juin 2010 à 12:23
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La peste de 1629



La peste de 1629, à Peyremale

Au milieu du XIVe siècle, une des plus importantes épidémies de tous les temps, la Peste Noire, ravage l'Europe. Partie d'Asie une douzaine d'années plus tôt, elle arrive en Méditerranée via douze galères génoises en provenance de Constantinople. Gênes, informée que le fléau est à bord, refuse que la flotte accoste. C'est Marseille, espérant concurrencer sa rivale, qui autorise les navires à mouiller l'ancre dans son port, le 1er novembre 1347.
La dernière pandémie de peste remonte à des temps immémoriaux et l'on ne se méfie pas réellement des conséquences d'une contagion générale ; quelques mois plus tard, en 1348, la province de Languedoc et notre pays cévenol n'y échappent pas : le quart de la population, voire davantage, trépasse. C'est l'enfer sur Terre...

Par la suite, une succession de pestes, charbons et fièvres se déclarent au fil des décennies, dans les villes et les campagnes de la région. Sachant que Mende, Millau, Montpellier, Nîmes, Avignon, Orange ou Privas ont régulièrement souffert, que des témoignages attestent que la peste a tué à Anduze, Alès ou Aubenas, il est évident que nos vallées ont été fréquemment tourmentées.
Depuis le Moyen Âge, les Juifs, les lépreux, les bohémiens, les mendiants et les prostituées sont accusés de transporter le mal, et ces communautés marginales sont victimes de violences quand il ne s'agit pas de véritables sacrifices. Lorsqu'aux XVIe et XVIIe siècles, les épidémies perdurent, on accuse les protestants de les véhiculer.
Il est certain que les guerres de religion ne font qu'empirer la situation : les charniers, laissés par les catholiques et les protestants qui s'affrontent dans tout le pays, permettent à la contagion de se propager rapidement. Ainsi, la peste qui fait 6.000 morts à Lyon en 1628, approche le Vivarais à la fois par le Rhône, dans lequel on jette les cadavres, et par les chemins qu'empruntent les troupes du roi, de retour de La Rochelle pour assiéger Privas.

Annonay, Tournon, Villeneuve-de-Berg, La Voulte, Bagnols, Uzès et autres bourgs sont infestés ; on rapporte qu'au Puy-en-Velay, la peste fait 10.000 morts, qu'à Pont-Saint-Esprit, c'est la moitié de la ville qui meurt de la contagion, bref, qu'elle « fist mourir le tiers du peuple des villes et lieux qui en feusrent atteins ». Ainsi, à l'époque où est signée la Paix d'Alès entre Richelieu et les protestants, cette épidémie foudroyante se répand et, descendant sur les Cévennes par Largentière, Joyeuse - où durant l'été près de 350 personnes périssent - et Les Vans, s'annonce ici avec une puissance exceptionnelle. Les populations d'Anduze et de Saint-Ambroix fuient leurs maisons, se réfugiant dans des huttes édifiées au-dehors de la ville où elles séjournent une partie de l'hiver. Certains habitants, emportant et diffusant avec eux le mal, s'exilent plus loin, dans les montagnes où l'air serait salvateur...
On commande fioles, parfums et fournitures de drogues, pour guérir ou prévenir l'infection ; les plus aisés effectuent des donations pieuses, les autres se contentent d'implorer le Ciel ou saint Roch. Mais la « colère divine » frappe, impitoyablement. En une seule journée parfois, le mal fait tomber ceux qui en sont atteints après qu'ils aient enduré fièvres, maux et délires insoutenables.

Dans cette période de grande peur, les Peyremalencs qui font rédiger leurs dernières volontés ordonnent leurs testaments « considérant que en la présente province la maladye contagieuze y est presque généralle, mesme qu'il ny a rien plus certain que la mort, ny choze plus incertaine que l'heure d'icelle ». Jean Teissier, qui teste devant le notaire de Peyremale, admet qu'il craint le fléau, « Jeanne Danielle, sa mère, descédoit ces jours passés, aud(it) lieu du Pral, de la susd(iste) contagion ».
Pourtant, rien ne confirme que nos prédécesseurs aient été emportés par la peste de 1629.
Car, si pour la rédaction de certains testaments, il a été difficile, à cause de l'épidémie, de réunir, comme l'exige la loi, les sept témoins autour du malade, il ne semble pas qu'il y ait pléthore de testaments durant ces quelques mois. Doit-on considérer que la maladie ne perce pas jusque dans les mas de Peyremale, ou bien, plus raisonnablement, que les notaires de l'époque n'ont pas le courage de se rendre auprès des mourants, de peur d'être contaminés ?

Parmi les quelques allusions retrouvées au gré des différents actes notariés, un document intéressant nous renseigne sur la présence de la peste près de Peyremale. Ce papier concerne le seigneur du lieu, habitant en son château de Robiac, c'est-à-dire sur les terres voisines de notre village, à Bessèges.

C'est le 2 septembre 1629, que noble Yzac de Peyremale fait rédiger son dernier testament nuncupatif, « lequel, prévoyant le danger esminant de la mort, po(u)r estre la quontagion en la ville de St-Ambroix et lieux circonvoysins, mesme au présant lieu de Robiac, d'ailleurs estant la mort certaine à toutz humains et genre d'icelle incertaine ». À la lecture de ce bel article de quinze pages, rédigé par Jean de Borne au milieu d'un registre épais - et, ironie du sort, déchiré par les rongeurs... - on ne sait davantage sur la terrible maladie qui condamne le pays. Le seigneur de Peyremale lègue son château, ses terres et juridictions de Robiac, Dieusse et autres lieux, ses propriétés sises au Puech, à Mercoire, Clamoux, aux Drolhèdes, au mas Bladier et au Deneyriel, à ses filles Marguerite, Catherine, Gabrielle et Madeleine, ainsi qu'à son fils Yzac. Mais, dans les dernières lignes de l'acte, l'on apprend que ce dernier craint d'avoir ou de pouvoir contracter la peste, car ce testament est « fait et récité aud(it) lieu de Robiac et teroir appelé de Ganivette, où led(it) seigneur testateur faict sa quarantaine ». C'est en effet là, près du village actuel de Robiac, entre le mas Poujol et le lieu des Terres, qu'Yzac de Peyremale s'est retiré, cédant à une quarantaine que lui impose la maladie, ou peut-être, simplement, la peur d'icelle...

Pendant une épidémie, les mesures d'hygiène sont rigoureuses : interdiction de franchir certains périmètres, de faire circuler les lainages et les denrées, mise en quarantaine dès le moindre soupçon, etc. Corbeaux(1) et carabins(2) se chargent de tenter de soigner les malades, d'enterrer les victimes, de brûler leurs vêtements. Quand la peste a sévi dans une habitation, on procède au brûlement des murs et l'on parfume l'intérieur, afin de désinfecter les pièces. Dans ces temps de trouble, certains larrons n'ont pas de scrupules à piller les demeures des familles décimées ; c'est le cas à Saint-Ambroix, où le domicile de la veuve du notaire Simon Gévaudan, Ysabeau de Cotellier, victime de la peste, est cambriolé quelques jours après le décès de celle-ci.

Au printemps 1630, alors que l'on désinfecte les villes, lieux d'habitation et autres, à Robiac, Jacques Villar demande à Pierre Arnac de « parfumer » une cròta (3) sise au-dessous du palhièr(4) appartenant au seigneur de Peyremale. Mais la corvée vire à l'incident, le feu saute à l'étage, brûle le fourrage et ruine le couvert. La négligence coûte cher aux deux hommes : le 28 mai 1630, une sentence les astreint « à construire et redresser la mai(s)on palièr que le seigneur de Peiremale a assize dans le lieu de Robiac, et d'icelle, remettre en l'estat qu'elle estoit advant le bruslement commis et advenu par le desfault desd(its) Villar et Arnac, avec le fourrage qu'estoit alors dedans le susd(it) palièr, ou la légitime valleur telle que seroit estimée par expertz ».
Le 18 novembre 1631, Pierre Arnac et Pierre Guiraud, lui-même héritier de feu Jacques Villar, se défendent lors de l'appel en la cour et siège présidial de Nîmes, entendant « remonstrer que lesd(i)tes ord(onnan)ces avoient esté données par surpruize et par les officiers dud(it) seigneur de Peyremalez, suspectz et récuzables d'alheur qu'ils n'estoient tenu ny estre prévoieu estre condemgnés à construire lad(ite) mai(s)on ny payer le fourrage bruslé, d'aultant qu'avoit esté faict par l'un d'eux en perfumant la crotte quy est au dessoubz dud(it) palièr, laquelle led(it) Villar tenoit en arrentement, à cause de l'infection de la contagion d'icelluy auroit donné charge aud(it) Arnac de la perfumer ».
Le différend dure une poignée d'années, pendant lesquelles Pierre Arnac et Pierre Guiraud se battent pour expliquer les faits, mais finissent par céder et s'accorder pour réparer les dégâts. L'affaire est close le 4 octobre 1636, quand tous deux se rendent au château d'Yzac de Peyremale, et que ce dernier, constatant qu'ils ont « remis et construict la susd(ite) mai(s)on palhièr en l'estat qu'elle estoit advant le bruslement, advenu conformément aud(it) accord verbail », les acquitte de toute autre peine et remboursement.

La grande peste de 1629 a donc visiblement touché le Peyremalès, isolant sans doute les mas les plus éloignés, menaçant le village entier.
À l'instar du seigneur de Peyremale, ses gens ont certainement eu à se protéger, à souffrir, à vaincre le « fléau de Dieu », comme ils l'avaient fait lors des épidémies précédentes. Et pour cela, ils n'eurent guère mieux que la nature et leur montagne pour accommoder des soins de fortune : feuille de rue, romarin, pin, laurier, genièvre, noix et figues sèches, etc., entraient dans la composition de potions, essences, teintures, bouillons de toutes sortes, censés prévenir ou guérir le mal. Autant de remèdes inventés au fur et à mesure et, on l'imagine, transmis de mas en mas.
Trois ou quatre générations après, un siècle plus tard, la peste de 1629 reste certainement dans les mémoires, quand, en 1720, une nouvelle et cruelle épidémie revient semer l'effroi dans les vallées de notre Cévenne...

(1) corbeaux : pour se protéger des épidémies, les médecins portaient un masque muni d'un long nez dans lequel ils versaient parfums et plantes aromatiques ; cette apparence leur attribua le surnom de « corbeau ».
(2) carabins : les carabins étaient payés pour ensevelir les pestiférés.
(3) cròta : une cave, un souterrain voûté.
(4) palhièr : le lieu où l'on engrange le fourrage.

Article rédigé par Pascal Jaussaud, « Peyremale, Peyremalencs, Peyremalès », in Bulletin municipal n°6, février 2007.




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